PORTRAIT : Kitesy Martin, co-fondatrice d’Humble Warrior et styliste

Pour ce nouveau portrait, BCBGang est parti à la rencontre de Kitesy Martin, parisienne de 33 ans co-fondatrice d’Humble Warrior, un concept de hip-hop yoga qu’elle nous expliquera un peu plus bas… En dehors de ça, elle est styliste photo et designer free-lance. Je vous laisse lire le portrait de cette jeune femme aux quatre origines (malgache et chinoise par sa mère, italienne et française par son père), en espérant que ses mots vous inspireront !

 

 

Peux tu nous raconter ton parcours professionnel ? (études et expériences)

J’ai fait une école d’art (Ensaama – Olivier de Serres), en section textile pendant trois ans puis j’ai enchainé avec une autre école d’art pendant quatre ans : l’école des arts décoratifs de Paris (ENSAD) en section stylisme. J’ai enchainé énormément de stages durant mes études, j’ai assisté beaucoup de stylistes dans les maisons de couture telles que Louis Vuitton, Chloé et Balanciage. Mon dernier stage était chez Balmain, où j’ai fini par être embauchée alors que j’étais encore étudiante. J’ai commencé comme free-lance alors que je finissais mes études. Ensuite, j’ai travaillé chez Hiro en CDI où j’avais un très bon poste : je gérais toute la direction de style. Puis je suis partie chez Lacoste où on m’a donné l’occasion de diriger une nouvelle ligne, celle de Yoga. C’est d’ailleurs ça qui m’a initié à cette pratique. Après Lacoste je suis devenue directrice artistique chez Perrin Paris… et j’ai finalement décidé de voler de mes propres ailes et de lancer ma propre marque de maroquinerie avec un associé, sur laquelle aujourd’hui je ne travaille plus afin de me concentrer plus particulièrement sur mon nouveau projet : Humble Warrior.

 

Peux tu expliquer le concept d’Humble Warrior ?

C’est un concept de hip-hop Yoga, un yoga dynamique sur des sons hip-hop pendant 60 minutes. C’est plutôt Dani, mon associée, qui a eu l’idée. Aux États Unis il existe déjà pas mal de Yoga différents, et étant américaine elle avait déjà testé un cours de hip-hop Yoga la bas et elle avait adoré ! Pour revenir sur la rencontre entre Dani et moi, on s’est croisé à un cours de hiphop, on se croisait sans trop se parler. Puis on s’est revu lors d’une soirée hiphop sur Paris, on s’est reconnu et on a passé la soirée ensemble, ce qui nous a permis de nous rendre compte qu’on avait beaucoup de points communs. On aime toutes les deux le hip hop et le yoga, et on travaille toutes les deux dans la mode. L’idée de Dani a muri dans sa tête et elle a voulu lancer le projet, mais elle ne se sentait pas de le faire seule, et comme j’ai cette fibre entrepreneuriale je lui ai proposé de l’accompagner sur le projet… Depuis nous sommes convaincues que c’est la bonne association, surtout que Dani est une vraie prof de yoga certifiée !

Pour ce qui est de la mise en place, on a travaillé pendant très longtemps. On a énormément réfléchi au message que l’on voulait transmettre, et comment on voulait communiquer sur la marque. On a voulu agir comme si c’était une marque de vêtements, avec des photos faites par des photographes de modes… On voulait dépoussiérer le yoga que l’on trouvait trop hippie et ringard, alors qu’il fait parti de notre vie à tous. Le nom humble warrior est tiré d’une posture de yoga du même nom, on aimait beaucoup les mots humble et warrior (guerrier). C’est important que tous les gens autour de ce projet soient des guerriers humbles, quelqu’un de combattant mais qui reste cool et qui se la raconte pas. C’est les valeurs qu’on voulait mettre en avant !

 

 

Humble Warrior est ton activité à plein temps ?

Je travaille pas à plein temps sur Humble Warrior, j’ai toujours mon activité de styliste free-lance. Je travaille pour différentes entreprises en tant que styliste, parfois designer (directement sur les collections) où lors de missions de stylistes photos, où je dois faire les look. Actuellement je travaille pour Nike Jordan, mais aussi pour une marque d’accessoire, et toujours Hiro. C’est ce que j’aime dans le free-lance, chaque mission est assez différente. Puis, le peu de jours qu’il me reste de libre (soirs et weekend) je travaille pour Humble Warrior.

 

Est ce que mixer hiphop et yoga est pour vous un moyen de mettre en avant ce genre musical, dans une société où il est encore souvent qualifié de « musique de rue/pour les jeunes » ? 

C’est plutôt l’inverse ! On voulait mettre le yoga en avant plus que le hiphop. Dani et moi on vient pas du monde du yoga, bien qu’on le pratique on ne s’est jamais senti très à l’aise dans ce monde de yogi girl très hippie, très green, très girly en fin de compte ! On vient plutôt du monde du hiphop : on sort dans les soirées hiphop de Paris et les personnes que l’on fréquente sont également sensibles à cette culture. On voulait donc intégrer le yoga à ce monde du hiphop et le mettre en avant auprès des personnes qui en viennent. On se rend compte que beaucoup de gens ont une mauvaise image du yoga, quelque chose de lent et mou… Et nous on voulait montrer aux gens de notre milieu que c’est une discipline très cool adaptée à tout le monde ! Le but était de démocratiser le yoga par le hiphop, et ça marche ! Les gens qui viennent à nos cours se disent que ils ne s’attendaient pas à ça, ils ne pensaient pas que ça pouvait être si dynamique, et qu’on pouvait écouter du hiphop en même temps…

 

Quel est ton rapport à cette culture rap/hiphop ?

Pour ce qui est de mon rapport à cette culture rap hiphop, quand j’étais jeune j’ai écouté plein de musiques différentes et c’est toujours le hiphop et le RnB qui m’ont fait danser. Ça a toujours fait parti de ce que j’ai écouté. J’ai aussi pratiqué la dansé, un peu de break et de danse hiphop, et c’est toujours resté ! Maintenant je vais dans des soirées ou je peux écouter ce genre de musiques et danser, pas juste poser. Finalement mon rapport avec le hiphop est vraiment lié à la danse. Depuis peu je commence à écouter du rap français grâce à mon copain, mais à la base c’est pas trop mon truc, j’écoute beaucoup plus de rap US.

 

Quels sont tes artistes favoris (de tous les temps et en ce moment) ? Tes dernières écoutes / coups de cœurs musicaux ? Des artistes à nous faire decouvrir ?

De tous les temps, je dirais les Fugees. Intemporel, je peux les écouter encore aujourd’hui et avoir l’impression que ça date d’hier. En ce moment, je dirais Skepta, A$ap Rocky et Cardi B (Rien à voir ! Mais j’adore cette nana qui s’assume à 10000%) c’est ce que j’aime dans le hip hop aujourd’hui… le fait que ce soit super varié.

Dernière écoute, c’était ce matin avec mon copain… Black Panther de Kendrick. Toujours étonnant. J’ai aimé et j’ai encore besoin de l’écouter tellement c’est riche.

Un artiste que j’adore : James Blake (surtout Forest fire). Pas vraiment « nouveau » mais très complémentaire avec tout ce que je viens de citer.

 

Quelles sont tes dernières découvertes hors musique ?

Mes dernières découvertes sont les Humble Warriors avec qui nous avons travaillé sur le projet… en passant par Karym pour nos vidéos, Fabien Dumas pour nos photos, Pic pour notre identité visuelle, Claude Quere pour d’autres vidéos, Gab pour d’autres photos, Galaxie, Kirou, Lorkestra, Rakoto pour la musique, et tous ceux qui nous ont aidé dans les domaines les plus « sombres » (hahaha) pour monter Humble Warrior. J’ai découvert de vrais artistes dont le talent ne demande qu’à être exposé. De vrais humble warriors. Beaucoup de talent et d’humilité.

 

Que penses tu du fait que les codes de la culture hiphop soient de plus en plus présents dans le monde de la mode ?

Je pense que ce phénomène n’est pas vraiment nouveau. Il était déjà bien présent dans les années 90… Les marques de luxe s’inspiraient déjà de l’univers du sport à cette époque (t-shirt logotés, logo sur accessoires…) et les rappeurs des années 90 adoraient ça pour « exposer » au grand jour leur réussite. La mode d’aujourd’hui s’inspire du passé et regarde les clips et photos de la fin des années 90… époque où les clips étaient de vrais outils de communication. C’était aussi l’émergence d’un hiphop plus populaire et moins underground… La différence entre aujourd’hui et les années 90 dans le streetwear c’est le fait que ce soit un « style » à part entière et pas juste une tendance d’une ou 2 saisons. Et sinon mon avis sur tout ça c’est que j’aime bcp ! J’ai l’impression de revivre mes années collèges, mais là j’ai plus besoin de demander à ma mère de m’acheter un top Nike (chose qu’elle ne faisait jamais) et j’adore le fait que la mode deviennent plus « easy wear ». Ça me ressemble plus.

 

Aurais tu un conseil à donner aux jeunes talentueux et ambitieux qui veulent entreprendre ? Ou en tout cas réussir dans le domaine qui les passionne ?

Le premier conseil serait de ne pas avoir peur. Ce n’est pas grave de ne pas réussir, ce qui est grave c’est de ne pas essayer et de regarder filer sa vie. Pour réussir dans son domaine, je dirais qu’il faut rester humble. Savoir apprendre chaque jour, accepter de faire des tâches pas très gratifiantes au début, être organisé et surtout travailler dur.

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Dani, la cofondatrice d’Humble Warrior, a également répondu aux questions concernant le concept, à lire ci dessous !

Je ne considère pas que la musique hiphop soit une musique de rue… étant américaine j’ai un autre regard sur le hiphop. J’ai grandi à New York qui est le lieu de naissance de cette musique. Aujourd’hui si on regarde les top 10, Billboards, les artistes nominés au Grammy’s sont majoritairement issus de ce milieu, ce serait donc prétentieux de dire que ce qu’on fait « fait connaitre » le hiphop. Aujourd’hui ce n’est plus de l’underground, c’est vraiment une pop culture (d’ailleurs, le dernier album de Migos s’appelle Culture !). Au contraire, on fait découvrir le yoga aux personnes qui écoutent du hiphop et qui ont une mauvaise image du yoga : très sérieux, ennuyant. Selon moi, les artiste hiphop sont les poètes et compositeurs d’aujourd’hui ! Ils n’ont pas besoin de nous pour mettre en avant leur musique, ils sont déjà très forts pour ça. Même si forcément, nos cours sont une sorte d’hommage à ces artistes.

Le concept humble warrior… Humble Warrior est une porture de guerrière : pieds bien placés sur le sol (prête à se défendre) et tête de bas (côté humble). C’est très intéressant comme posture, et la juxtaposition entre les deux mots fonctionne très bien. On réfléchit le concept comme une vraie expérience, qui casse les codes du yoga de base. En effet, je ne me reconnaissais pas dans les codes du yoga comme on les connait… L’idée m’est venue de mon pays d’origine, à New York le concept existe déjà depuis 2008. Je trouvais ça très interessant, car quand on met de la musique derrière ça apporte beaucoup de dynamisme. On veut que les gens sentent le côté vraiment physique. Avec Kitesy, on fréquentait la même salle de hiphop sans se parler… puis on s’est croisé dans une soirée hiphop, et on a commencé à se voir fréquemment. On a découvert qu’on avait trois points en commun : le hiphop, la mode et le yoga. J’avais déjà l’idée du concept depuis un moment, mais toute seule je n’y arrivais pas. On a donc eu l’idée d’associer nos compétences ! C’est comme ça que tout a commencé.

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