PORTRAIT : Lyna Malandro, fondatrice de Vraies Meufs et rédactrice pour Booska-P

Cela fait quelques temps que je regarde du coin de l’oeil le travail de Lyna Malandro sur le site qu’elle a créé : Vraies Meufs. Mais sûrement par manque de curiosité, je n’étais jamais allée plus loin. Cependant, en la voyant apparaitre de façon de plus en plus récurrente dans mon feed twitter, j’ai décidé de m’y intéresser, mais cette fois de très près. Quelques coups d’oeil à son travail m’ont suffit pour décider de vous la présenter aujourd’hui. J’espère ainsi vous donner envie de suivre ce qu’elle fait car comme certains le disent, « cette fille va compter ».

@LynaMalandro sur les réseaux sociaux

 

Peux-tu nous parler de toi… qui es-tu et d’où viens-tu ?

Je m’appelle Lyna, j’ai 19 ans et j’habite en région parisienne, dans le 93 plus précisément. J’ai créé Vraies Meufs, un site qui parle de femmes. Je suis également rédactrice pour Booska-P. En dehors de ça je suis dans les études, et parfois je peux m’improviser modèle ou photographe selon mes projets.

 

Depuis quand tiens-tu Vraies Meufs et comment t’es venue l’idée ?

Vraies Meufs ça part d’un ras le bol de la représentation de la femme dans les médias et sur les réseaux sociaux en particulier. J’ai eu les réseaux sociaux super tôt et je ne me suis jamais reconnue dans la représentation un peu lambda qu’on nous propose, c’est à dire les meufs super photoshoppées, super maquillées, super clean, toujours au top, toujours toutes belles ! Le truc c’est qu’on oublie très souvent que ce sont seulement des photos, que ces filles là ne sont pas comme ça dans la vraie vie, qu’elles sont préparées deux à trois heures avant le shooting… Je m’étais dit que c’était dommage de ne pas montrer l’autre côté justement !

À part ça, il y a tout de même beaucoup de côtés positifs aux réseaux sociaux. Des personnes à suivre qui sont vraiment géniales, des messages et contenus qui ont été crées et qui m’ont donné beaucoup confiance en moi. Je me suis donc dit que c’était le moment de créer des plateformes qui nous représentent vraiment et où on peut se sentir « safe ».

 

Quelles sont les femmes de ce monde qui t’ont inspiré ? 

Je pense qu’une femme qui m’a vachement inspiré c’est Princesse Nokia, je la cite tout le temps les gens doivent en avoir marre ahah… C’est une personnalité que je suis depuis très très très longtemps, depuis que j’étais au lycée à l’époque ou elle faisait encore une sorte d’électro et pas encore du rap. J’ai regardé toutes ses interviews et conférences, je la suivais vraiment à fond ! Elle avait donc un collectif, Smart Girl Club, avec lequel elle fait des podcasts audio où elle parle de beaucoup de sujets tels que les sororités, la spiritualité, du self-love… Elle fait tout ça de manière très mystique, on a presque l’impression d’écouter une prière. Elle organise aussi des événements à New York où plein de femmes peuvent se retrouver, chanter, danser, méditer, lire de la poésie ensemble… de très belles choses. Je trouve ça dommage qu’en France nous n’ayons pas ce genre d’initiatives. Cependant, Vraies Meufs ne découle pas complètement de ça car c’est un contexte complètement différent mais ça a été une de mes plus grosses inspirations.

Après avoir créé Vraies Meufs j’ai découvert d’autres initiatives américaines. Je pense notamment à Gurls Talk créé par Adwoa Aboah, dont le concept se rapproche beaucoup de Vraies Meufs. J’ai entendu parler aussi de GirlBoss il y a quelques mois, grâce à la série Netflix. Petit à petit j’ai pris connaissance de ce genre de choses, et je trouve qu’il y a vraiment un manque de tout cela en France.

 

Comment vois-tu Vraies Meufs d’ici 10 ans, dans le meilleur des cas ?

Vraies Meufs pour l’instant ça reste une passion, je n’en vis pas et je ne gagne pas d’argent, c’est vraiment quelque chose que je fais à côté, bien que ça prenne une énorme place dans ma vie. Dans 10 ans j’ai absolument aucune idée de ce que ça pourrait être. Je me pose pas d’échéance ou de limites, je fais tout au feeling. Si ça doit s’arrêter dans 6 mois ça s’arrêtera, si dans 10 ans j’ai la possibilité et la chance de faire en sorte que ça devienne un gros truc et que je puisse bosser avec une équipe dessus et que ça devienne mon activité principale ça serait ouf aussi ! Mais il y a des choses qui ne dépendent pas de moi… il faut aussi que le projet plaise. En tout cas je ne me dis pas que je dois absolument vivre grâce au site dans 10 ans, on verra bien !

 

Tu ne sais pas encore dans quel domaine tu aimerais travailler plus tard, si tu aimerais être à ton compte ou travailler pour quelqu’un ? La plupart des personnes qui lancent ce genre de projets aimeraient par la suite travailler à leur compte.

C’est sur que j’aimerais travailler à mon compte ! Je suis un peu une flemmarde et je supporterais pas d’avoir une vie ou je ne peux pas décider de ce que je fais. À part ça je sais pas du tout dans quel domaine je voudrais travailler, mes études n’ont rien à voir avec mes projets actuels ahah, je suis en licence de math-informatique et je sais pas du tout si j’ai envie de travailler dans ce milieu la, de devenir prof, ou journaliste, ni même de travailler sur Vraies Meufs ou d’être en CDI chez Booska-P ! J’ai aucune idée de ce que je veux faire pour l’instant.

 

En parlant de Booska-P, peux-tu nous expliquer comment tu en es venue à écrire pour le site ? 

Avant j’écrivais pour des petits médias comme Twenty Magazine et j’avais déjà Vraies Meufs à côté. Un jour j’ai reçu un message du rédacteur en chef qui m’a dit qu’il me suivait depuis un moment et qu’il aimait bien ce que je faisais, qu’il aimait bien mon style, et comme je parle énormément de rap sur les réseaux il me disait que j’étais le genre de profil qu’il recherchait. On s’est rencontrés par la suite, puis ça s’est fait. Maintenant ça fait quelques mois que j’écris pour eux, mais je ne suis pas très régulière, je fais passer Vraies Meufs avant. Mais dès que j’ai des sujets je leurs propose ou eux me proposent des trucs et je le fais.

C’est une expérience très enrichissante, de pouvoir travailler avec des gens qui se sont fait tout seul. Les rédacteurs en chefs sont un peu comme des modèles de réussite, parce qu’ils étaient un peu comme moi maintenant,  c’était des jeunes qui avaient envie de parler de gens et de montrer certaines choses et ça a très bien marché pour eux et c’est tant mieux ! Sinon, l’équipe est vraiment super cool, j’adore être avec eux et bosser avec eux.

Même en dehors de ça c’est top car j’ai une plateforme qui est très visible et où je peux m’exprimer et parler de trucs que je diff. Je suis très reconnaissante car on me fait confiance malgré mon jeune âge et le fait que j’ai pas forcément fait d’études. Ça me fait vraiment plaisir et j’espère juste pouvoir continuer le plus longtemps possible avec eux.

 

Parles nous un peu musique. Tes artistes favoris par exemple ?

Mon rappeur préféré de tous les temps c’est Kendrick Lamar, comme beaucoup de monde je pense ahah… Migos également. Sinon il y a beaucoup de femmes artistes que j’écoute beaucoup : Princesse Nokia que j’ai déjà cité, SZA aussi. Je suis totalement fan de ce qu’elle fait, je l’écoute depuis son premier projet, je suis totalement fan de toutes ses collaborations avec Kendrick Lamar, je crois que c’est mes sons préférés ! Que ce soit Babylon, ou même le son pour Black Panthers. C’est un duo que j’adore. J’écoute beaucoup FKA Twigs aussi, c’était mon premier concert et c’était vraiment super, elle a une aura incroyable et c’est une artiste très complète. Sinon je pourrais citer aussi Doja Cat, Sevdaliza, tout ce genre d’artistes un peu alternatifs qu’on arrive pas trop à classer entre le hiphop, la pop, l’éléctro… ils m’ont énormément inspiré et influencé.

En francophone, j’écoute du Hamza, Damso, PNL… un peu de tout. Je peux très bien écouter du old school comme je peux écouter du Kalash Criminel, du rap Marseillais comme Jul et Naps. Je ne pourrais pas choisir ! J’ai beaucoup écouté les albums de Naps, Hamza, PNL ces derniers temps… Ninho aussi, bien sur ! J’adore ce qu’il fait.

À part ça j’écoute beaucoup de musiques arabes. Des trucs un peu plus vieux.

 

Quelles sont tes dernières découvertes ? Que ce soit une personne en particulier, un projet, un artiste, une musique, un film… les choses qui t’ont marqué dernièrement et que tu voudrais nous faire découvrir.

La dernière claque que je me suis prise c’est le live de Soolking sur Skyrock, j’ai surkiffé ce son ! Déjà parce que je suis algérienne et que je peux m’identifier plus facilement, et puis de manière générale j’ai adoré la vibe. Pour moi SoolKing va vraiment marquer 2018. Parce que on a déjà eu des collaborations entre rap et musique orientale, mais mixer vraiment trap et raï c’est pour moi vraiment quelque chose à exploiter, ça me fait penser à ce qu’a fait mhd avec l’afrotrap.

Sinon autre decouverte, je dirais Aleali May. Je crois qu’elle est consultante de mode et styliste. Elle a sorti une paire en collaboration avec Jordan, j’adore son flow et je la trouve vraiment cool.

 

Tu insistes souvent, notamment sur les réseaux, sur le fait que tu sois algérienne. Pourquoi ?

Tout simplement car c’est un part de mon identité, je suis française algérienne. Je suis mixée entre les deux cultures, et ce n’est pas quelque chose que je veux cacher. Pour moi toutes mes facettes sont importantes, je veux qu’on m’identifie comme une femme avec des origines maghrébines, parce que beaucoup de filles tiennent ce genre de projets, mais des personnalités maghrébines tu en trouves très peu.

 

Quel conseil aurais-tu à donner aux jeunes talentueux et ambitieux qui veulent réussir dans le domaine qui les passionne ?

Le dernier album d’ICHON disait « il suffit de la faire », et je trouve la tournure de phrase très bien faite. Il suffit vraiment juste de la faire. La seule limite qu’il y avait entre moi qui n’osait rien faire et moi qui fait des trucs c’est le fait de m’y mettre. La seule limite que l’on se met c’est nous même et il faut juste dépasser cette limite. Pour moi si tu veux faire un truc et que tu te lances pas, la seule raison c’est toi. Car on a toujours du temps pour faire ce que l’on veut, on a toujours la possibilité de faire ce que l’on veut surtout maintenant… On a pas besoin de matériel de ouf, ou d’investir beaucoup d’argent. Pour moi les gens qui disent « je veux faire ceci ou cela mais je ne peux pas car j’ai pas ça », se trouvent juste des excuses. Il suffit juste de la faire.

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